LA VIE EST UN JEU TRUQUÉ
Chroniques d'un survivant lucide, famille, sexe, pouvoir, fuite, et reconquête
V1, Consolidation des notes et chapitres (août 2025)
Note de l'auteur
Ce manuscrit rassemble l'essentiel de mes notes, plans, fragments et chapitres esquissés dans nos échanges précédents. C'est une base de travail complete, structurée, prête à être enrichie et annotee. Certaines scènes sensibles (famille, sexualite, violence) sont traitées avec sobriété et précision, sans voyeurisme, dans l'esprit d'un témoignage utile.
Prologue, Le jeu truqué
Le jeu commence avant nous. Les règles sont posées par des adultes fatigues, des héritages de peur, des mythes qui ne nous appartiennent pas. On avance sur un plateau ou certains dés sont pipés : le corps se souvient quand la mémoire s'éteint, la honte s'infiltre là où le langage a manque. Fuir devient une ruse, aimer un casque, travailler un refuge. Alors on négocie avec le reel : un jour après l'autre, on réécrit la notice d'un jeu qu'on n'a pas concu. Ce livre est cette notice.
Lexique
- Autofiction : écrire sa vie avec la liberté de la littérature et la responsabilite du témoin.
- Intériorisation : mécanisme par lequel on garde en soi ce qu'on ne peut pas dire. Puissance silencieuse, parfois dangereuse lorsque la parole manque.
- Hédonisme defensif : quete de plaisir pour colmater l'angoisse, qui laissé un vide plus grand après coup.
- Survie sexuelle : quand le sexe devient territoire, camouflage, ou tentative de contrôle après le chaos.
- Benjamins / Aînés / Milieux : répartition des rôles familiaux ; le dernier hérite de chemins ouverts mais avance dans le brouillard ; l'aîné protégé ou domine ; le milieu s'efface et observe.
- Jeu truqué : métaphore centrale : comprendre les règles implicites, en créer de nouvelles, ne plus jouer contre soi.
- Propriété de soi (self-ownership) : idée empruntee au jeu vidéo et a la blockchain : reprendre la main sur son inventaire, ses choix, ses traces.
- Glitch : moment de conscience soudaine dans la matrice du quotidien.
- Cadet-Foi / Aîné-Bouclier : dynamique familiale influente.
- Sexe de survie : stratégie inconsciente post-traumatique.
- Addiction douce : comportements répétitifs pour anesthesier le vide.
- Introverti dangereux : celui qui pense trop, dit peu, agit fort.
Origines et fractures
1. L'adolescence et la vitre brisée
Il y a eu un claquement net, comme si l'air décidait de changer d'époque. La vitre brisée n'était pas seulement du verre : c'était la première facture adressée à l'enfance. On a balaye, ramasse, fait semblant de ne pas saigner.
Soirees organisées par Jordan : microsocietes improvisees, musique trop forte, lumières basses, alliances éphémères. Chacun se choisit un rôle : le drole, le patron, l'ombre. Peur de Julien en arriere-fond, adulte au timbre cassant, presence qui fronce la pièce. On apprend la lecture du danger avant celle des poemes.
La cloque sur le gaz est revenue comme une miniature de destin : jouer avec le bord pour vérifier si j'existe encore. Ce n'était pas une pulsion de destruction ; c'était un test d'alarme. Si le feu me voit, alors je suis la.
Plus tard j'ai compris que cette scène condensait un système : quand la maison nie l'orage, l'enfant invente ses eclairs. Mon adolescence s'est écrite en expériences-bornes, froler sans tomber, oser sans rompre.
La vitre n'est pas restee brisée. On l'a changée. Ce qui a mis du temps, c'est de changer les gestes : arrêter de me prouver la solidite du monde en poussant chaque limite du doigt.
1.A. Sur la fratrie
J'ai grandi avec la conviction que les enfants rejouent l'economie du foyer :
- Le benjamin hérite d'un chemin défriché. Il avance avec plus de foi que de certitudes.
- Le milieu a appris l'art de l'ombre. Oublie, il devient l'archiviste silencieux.
- L'aîné sert de bouclier ou d'allie, parfois de juge.
Dans ces rôles, on echange des costumes : il m'est arrive d'être le benjamin bravache et, le soir, le milieu muet.
1.B. Sur l'introversion
Je maintiens : l'introverti peut être plus dangereux, non par violence, mais par densité. Il stocke. Il fabrique des architectures intérieures. Selon les fondations, ce sont des cathedrales ou des bunkers.
Mon introversion fonctionnait comme un compresseur : j'avalais, j'optimisais, j'empaquetais... puis je « performais » en public, impeccable. Entre les deux, aucune ventilation. D'ou les éruptions. J'ai découvert la purge lente : écrire cinq minutes, marcher sans musique, parler avant que ça ne devienne une these.
Consequence heureuse : quand j'ouvre la bouche, c'est plus clair. Consequence risquee : j'arrive avec un plan quand l'autre n'a qu'une impression. Il faut alors préférer la relation au plan.
Hédonisme et perte de sens
Le plaisir m'a servi de barre de traction : chaque fois que l'angoisse montait, je faisais une répétition de plus, soiree, achat, defi, corps, like, contrat. Ça tenait. Puis venait le vide d'après.
Une nuit, 3h12, retour chez moi après un enchainement brillant. Silence. Frigo qui ronronne. Je regarde mes mains : rien ne tient plus de dix minutes si je ne sais pas pourquoi je le veux.
J'ai écrit une liste : plaisirs qui me nourrissent (mer, écriture lente, cuisine pour quelqu'un, sport pose) / plaisirs qui me perforent (dopamine a la demande, urgences inventées, validation publique).
Le travail n'est pas de supprimer le plaisir, mais de rerouter son circuit vers le sens : même adrenaline, autre destination. J'appelle ça la transmutation, transformer la chaleur en lumière.
- Règle des 20 minutes : attendre avant de décider.
- Rendez-vous avec moi-même (hebdo) : me demander ce que je fuis.
- Inventaire des sources d'énergie (cf. Annexes) et suppression d'une seule « fuite » par trimestre.
Le sexe comme survie
La sexualite a été tour a tour abri, camouflage, terrain. J'y ai cherche de la sécurité, une scène ou replacer le contrôle que la maison m'avait retiré, et parfois un simple silence dans la tête.
Figure Angelo : restaurateur, charme assume, oeil pour la mise en scène. Il m'a appris le cadre : lumière, rythme, attention aux details. Figure Julien : autorite dure, menace diffuse. Il m'a appris la lecture des ombres. Entre les deux, j'ai construit une sexualite qui négocie : choisir, initier, vérifier, pour ne plus subir.
3.1, Grammaire post-trauma
- Camouflage : la maîtrise affichée qui protégé le tremblement.
- Territoire : apprendre à dire « ici c'est chez moi ».
- Validation : demander au corps la preuve que je vaux quelque chose.
3.2, Reprise de souveraineté
- Langage : dire stop / encore / autrement.
- Choix : qui, quand, comment (y compris « pas maintenant »).
- Consentement : present, explicite, reversible.
Journal de scènes
- Scène 1 : j'accepte d'être désiré sans performer. Etrange paix.
- Scène 2 : je nomme une peur avant l'acte. La peur decroit de moitie.
- Scène 3 : je choisis de ne pas aller au bout. Je dors mieux.
Écrire trois souvenirs sans juger « bien/mal ». Lister les besoins (sécurité, validation, appartenance). Explorer d'autres voies pour les nourrir.
Les racines de mes addictions
These : mes addictions ont d'abord ete des solutions efficaces. Elles m'ont garde vivant. Elles ont ensuite demande un impôt trop lourd.
Boucles connues
- Rythme : remplir l'agenda pour couvrir le bruit intérieur.
- Regard : chercher les preuves publiques d'existence.
- Risque : sentir le bord pour croire que je choisis.
- Ecran : scroller jusqu'a oublier la maison.
Contre-boucles
- Rituel 12 minutes : marche, sans telephone.
- Respiration 4-7-8 : trois cycles avant toute réponse impulsive.
- 20 pages lentes : ancrer le cerveau dans un autre tempo.
- Douche froide : signal de sortie de boucle.
Preuves de progrès
- Je repère la montee (epaule droite qui se crispe, mâchoire qui serre).
- Je nomme l'envie (pas faim, besoin d'oubli).
- Je choisis un substitut (eau + sel, message honnete, pause).
La sobriété n'est pas l'austérité : c'est la maîtrise des sources.
Pourquoi j'ai besoin d'attention
Je n'ai pas cherche l'attention par vanite. Je cherchais une attache. Quand l'attache de base est instable, on reconstruit dehors, plus grand, plus lumineux.
Longtemps j'ai ete « aimé » pour ce que je faisais : projets, deals, énergie. Quand je ne produisais pas, je me croyais disponible a l'abandon. Alors j'ai mis en scène des preuves : événements, réseaux, performances.
Aujourd'hui, je cherche une attention qui tient quand je ne fais rien. Ça commence par moi : tenir pour moi-même.
- Dire « j'ai besoin d'être vu » a une personne sure, sans emballage.
- Accepter une soiree sans photos.
- Bloquer un créneau hebdo où je ne suis utile a personne, et survivre a l'inconfort.
La mémoire floue : quand le passe est trop lourd
La mémoire n'est pas un disque dur, c'est un animal timide. Elle se montre quand elle se sent en sécurité.
Des bribes reviennent : une injonction, une gifle ; un préfet, une facture ; une société de sécurité qui veut coller son nom sur la mienne.
« Il était fou il a voulu imposer sa société de sécurité et j'ai dit très calmement devant le préfet, il est hors de question que je travaille avec une société qui met son nom sur une entreprise qui ne lui appartient pas... »
Je garde ces phrases comme pièces au dossier intérieur. Pas pour juger, pour m'autoriser.
- Écrire mon vécu sans pretendre au verdict.
- Distinguer sensoriel (odeurs, sons) et interprétation.
- Accepter les zones grises : l'important est de me re-accorder la parole.
Une page « scène-unique » (present, cinq sens, pas de commentaire).
La peur de rater, la peur d'être laissé
Ces deux peurs se tiennent par la main :
- FoMO : si je ne suis pas partout, je disparais.
- Abandon : au premier faux pas, on m'oublié.
J'ai teste des antidotes :
- Charte 90 jours : 3 objectifs, 3 renoncements, 3 criteres de « assez ».
- Un non par semaine, prononcé sans justification.
- Sabbath digital : 24h hors ligne, pour sentir que le monde tourne quand même.
Resultat : je rate plus de choses, et je vis mieux celles que je choisis.
Voyager pour fuir (et se retrouver)
Londres, États-Unis, Namibie, Afrique du Sud, puis Bordeaux et la Cote d'Ivoire. Le voyage m'a servi d'ecran de veille : déplacer la scène exterieure pour retarder la scène intérieure.
Le Covid a coupe le son. J'ai entendu mes propres phrases. J'ai quitte Paris, j'ai pris le TGV Max, j'ai appris la vitesse sans racines.
En Afrique de l'Ouest, j'ai regarde la politique comme on regarde la météo : pas pour débattre, pour prévoir ou poser mes filets. Elections au Senegal, en Cote d'Ivoire : mes valises ont vote plus souvent que moi.
Hydratation : théorie simple, plus le climat est chaud, plus la pensée doit revenir au corps (eau, étirements, sommeil). Le cerveau n'est pas au-dessus, il est dedans.
Aujourd'hui, voyager n'est plus une fuite ; c'est une marche d'approche : changer de décor pour mieux voir ce qui, en moi, ne change pas.
Violence et loyautés familiales (Julien)
Julien n'était pas mon père biologique. Cette phrase souleve des plaques tectoniques. Elle explique des loyautés contradictoires : proteger la famille en me taisant ; me proteger en parlant.
11.1, La loi du salon
Dans le salon, la version officielle fait office de constitution. On négocie la paix contre la mémoire. Dire « je ne sais plus » fut longtemps une amnesie stratégique : vivre d'abord, comprendre plus tard.
11.2, Héritages croisés
- Angelo : l'art du cadre, la seduction comme politesse du monde.
- Julien : l'autorite sans manuel, la menace hors champ.
Je deviens metteur en scène : choisir mon entrée, ma lumière, mon texte.
11.3, Sortir de l'ombre
Parler n'est pas juger ; c'est reattribuer ce qui est a moi : le récit, les larmes, la suite. J'écris pour déplacer la honte hors de mon corps.
Interludes
I. Machiavel, l'angle froid
« Les hommes oublient plus aisement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. »
Traduction intime : on pardonne plus vite une offense symbolique qu'une blessure dans la sécurité. J'ai longtemps confondu amour et garantie.
II. Exercices d'honnetete
- Écrire une colère sans « tu ».
- Écrire une peur qui me rend plus gentil.
- Écrire une joie que je n'ose pas fêter.
III. Micro-chroniques (30 sec)
- Aujourd'hui : j'ai dit non a un projet rentable. J'ai dormi mieux.
- Demain : je n'expliquerai pas mon silence. Je le vivrai.
L'adolescence, la bascule du silence
L'adolescence a été un moment étrange. Un entre-deux où l'on commence à grandir, a avoir de l'espace mental, a rêver d'independance, sans pour autant être capable de s'envoler.
Jordan, en tant qu'aîné, a été le premier a créer une breche dans le système. Il commençait a faire des soirees a la maison. Il y avait du monde, des rires, un peu de musique, parfois beaucoup. Un soir, ils avaient fait une bataille de noix. Des noix seches qu'ils lancaient dans tous les sens. L'une d'elles a traverse une vitre. On avait tous senti la même chose dans l'air : une peur gelée, silencieuse, compacte. On savait que si Julien l'apprenait, il y aurait une tempete. Une vraie. Alors, sans même trop se parler, on s'est organisé pour reparer la vitre rapidement. Jordan avait ce pouvoir de mobiliser, d'agir, de prendre les choses en main. Il savait qu'il ne pouvait plus se permettre de subir, et ça, Julien l'avait bien perçu. A partir d'un moment, il ne l'a plus attaque de front. Pas sans raison. Pas sans avoir le contrôle total. C'était comme s'il choisissait ses proies.
Moi, j'etais plus petit. Plus vulnérable. Et j'etais reste dans le viseur. Je me rappelle d'une scène, très precise, comme si elle s'était passee ce matin. J'etais dans la cuisine et je jouais avec le feu. Littéralement. J'avais allume une plaque, et je faisais fondre quelque chose, où je brûlais du plastique, je ne sais plus. Mais le feu, c'était hypnotique. Et en même temps, je crois que je voulais qu'il déborde. Qu'il parte dans les murs. Qu'il brule la maison. C'est horrible a dire, mais c'est ce que je ressentais. Ma mère est arrivee. Elle a vu. Et elle a hurle. Elle était en panique. Elle m'a gronde très fort. Pas comme d'habitude. C'était un mélange de colère, de peur, et peut-être de reconnaissance. Comme si elle avait capte, elle aussi, ce qu'il y avait dans l'air. Le feu, c'était plus qu'un jeu. C'était un cri. Un acte symbolique. Un appel au secours. Une tentative de contrôle. Un souhait de destruction du décor, peut-être, pour changer le scénario.
Julien, lui, ne l'a pas su. Ou alors, il a senti quelque chose mais n'a pas reagi. Je pense qu'a cette époque, il continuait a exercer son emprise sur moi comme un bourreau distrait. Jordan devenait trop fort, trop grand, et il préférait l'éviter. Moi, j'etais encore une cible malleable.
Ce qui me frappe avec le recul, c'est cette manière avec laquelle on reagit chacun a notre façon : Jordan en s'émancipant, en organisant, en defiant. Carla en reparant, en surveillant, en aimant. Et moi, en brulant.
Et ce feu, je l'ai garde longtemps. Il a change de forme, mais il n'a jamais cesse de brûler en moi.
#NotDreaming
Le corps comme langage de survie
Le corps est le premier langage des enfants blessés.
Avant les mots, avant la confiance, avant la possibilite de dire « j'ai mal », il y a les gestes, les danses, les tremblements. Certains frappent, d'autres se taisent. Moi, j'ai danse.
La danse, c'était mon cri silencieux.
Un moyen de survivre dans une maison où les paroles pouvaient être des armes, où les silences pesaient plus lourd qu'un coup. Quand je bougeais, je reprenais possession de mon corps. Je l'offrais au monde, mais en vérité, je le reprenais a moi. Chaque pas était un refus de disparaître. Chaque geste, une réponse muette aux violences qu'on ne pouvait nommer.
J'ai appris à parler sans ouvrir la bouche.
Mes epaules tremblaient là où je ne pouvais pas pleurer. Mes pieds tapaient là où je n'osais pas crier.
La danse m'a sauvé autant qu'elle m'a condamné : elle m'a donne une facade lumineuse, le garcon qui bouge bien, mais elle cachait la tempete intérieure.
Il y a une vérité que j'ai comprise plus tard : les enfants apprennent vite a coder leurs douleurs en spectacle. Certains font des blagues, d'autres deviennent premiers de la classe. Moi, je faisais le show.
Et dans chaque mouvement, il y avait a la fois un appel a l'amour et une fuite de la douleur.
Le corps comme survie, le corps comme alarme.
Masturbation, refuge et poison
J'ai grandi avec un secret dans les mains.
La masturbation est entrée dans ma vie comme une echappatoire. Trop tôt. Trop brutalement. J'avais trouve une porte de sortie intérieure : dix minutes de plaisir qui effaçaient quelques heures de chaos mental.
C'était une protection.
Une façon de rester en vie, sans couteaux, sans drogues, sans fugue. Mais c'était aussi un poison doux : ça a abîmé mon imaginaire, détourné ma vision des femmes, et créé une faille discrète entre moi et les autres.
Le porno, c'est l'ecole la plus rapide et la plus sale.
Ça t'éduqué sans t'expliquer. Ça t'excite avant de te préparer. Ça grave dans ton cerveau des images qui ne sont pas a toi.
Quand j'ai découvert ça, je croyais voler quelque chose a l'interdit. En réalité, c'est moi qu'on m'a vole : mon rythme, ma découverte naturelle, ma capacite a associer désir et tendresse.
Avec le temps, j'ai compris que ce refuge avait un prix.
Il m'avait appris à avoir honte de mon propre corps.
Il m'avait convaincu que le plaisir devait se vivre seul, dans l'urgence, dans le secret.
Je ne dis pas ça pour condamner. Je dis ça parce que c'est la vérité de mon parcours.
J'ai longtemps cru que c'était une addiction, mais en fait, c'était un langage. Mon corps parlait encore, différemment. Il disait : je n'ai pas d'autre espace pour respirer.
La fissure
On ne sort pas indemne d'une enfance où on n'est pas entendu.
On porte une fissure, invisible mais toujours la, comme une cicatrice qui s'ouvre au moindre choc.
La mienne, c'est l'absence de miroir fiable.
Grandir sans que quelqu'un te dise : « je te vois, tu es bien comme tu es », c'est comme marcher dans le brouillard avec un masque sur la tête. Tu avances, mais tu ne sais pas si tu marches droit ou si tu te perds.
Alors tu testes. Tu inventes des possibles. Tu confonds désir, curiosité et consolation. J'ai parfois cru que je devais essayer des chemins qui n'étaient pas les miens, juste pour voir si j'etais normal, si j'etais désiré, si j'etais libre.
Je respecte profondement ceux qui aiment sincerement leur propre sexe. Mais je sais que ce que j'ai traverse n'était pas une orientation, c'était une fissure. Une blessure qui prenait la forme d'un essai. Parce que quand personne ne t'a montre la voie, tu tentes tout, pour sentir si tu existes.
Le problème, c'est que les fissures finissent par te définir si tu ne les reconnais pas. Et moi, j'ai mis des annees a comprendre que certaines pensees ne sont pas des identités. Ce sont des cicatrices qui parlent.
Choisir ses soleils
Je suis un animal solaire.
J'ai besoin de la lumière des autres pour me nourrir. Leurs sourires, leurs énergies, leurs paroles. Mais tous les soleils ne rechauffent pas. Certains brulent.
J'ai appris à reconnaitre les plutonies, ces faux soleils qui eblouissent mais détruisent. Les mentors trop charismatiques, les amis trop possessifs, les amours trop exigeants. Tous ces astres qui promettent chaleur et finissent en incendie.
Le piège, c'est que quand tu as grandi dans le froid affectif, tu prends tout rayon comme un miracle. Même ceux qui brulent.
Alors j'ai du apprendre à choisir. A dire : non, ta lumière n'est pas bonne pour moi.
Et ça, c'est peut-être la plus grande leçon de ma vie.
On croit souvent que progresser, c'est accumuler. Mais parfois, progresser, c'est eliminer. C'est fermer les yeux sur les feux artificiels pour reconnaitre le vrai soleil. Celui qui chauffe doucement, durablement, sans te demander de brûler pour lui.
L'ambition douce
L'ambition est un piège.
Elle peut être le moteur qui te sort de la misere, où la corde qui t'étrangle lentement.
J'ai cru longtemps que courir était ma seule option. Que si je ralentissais, je perdais. Mais courir sans pause, c'est parfois courir a cote de soi.
Aujourd'hui, j'apprends une autre ambition : l'ambition douce.
Celle qui ne s'épuisé pas en slogans.
Celle qui ne transforme pas chaque silence en culpabilité.
Celle qui te permet d'accepter que tu n'as pas besoin de devenir roi pour avoir de la valeur.
En Afrique, j'ai compris que le temps n'était pas l'ennemi. Qu'il y a une sagesse a marcher lentement, a regarder pousser ce qu'on a seme, au lieu d'arracher la terre pour vérifier si les racines avancent.
Le vrai progrès, ce n'est pas d'aller plus vite que tout le monde.
C'est de savoir quand avancer, quand se poser, quand lâcher prise.
C'est d'apprendre que parfois, ne rien faire est encore une façon d'avancer.
Le plaisir pique
Le plaisir, je l'ai découvert d'abord comme une piqure.
Quelque chose de rapide, d'intense, presque douloureux. Un soulagement qui ressemble a une brûlure.
Quand tu grandis dans l'urgence, tu apprends a chercher le plaisir comme une fuite, pas comme une rencontre.
C'est ça, le plaisir pique : il se prend vite, il s'arrache, il se vole. Il n'a rien de tendre. C'est une décharge électrique qu'on s'inflige a soi-même pour prouver qu'on existe encore.
Mais après, il reste quoi ? Une fatigue, une culpabilité, un vide.
Je crois que beaucoup d'hommes vivent avec cette idée que le plaisir doit être violent, furtif, presque animal. Parce qu'on ne nous a pas appris la lenteur. Parce qu'on n'a pas eu le luxe d'attendre.
La vraie revolution, ce n'est pas de tout refuser. C'est de réapprendre. Reapprendre à voir le plaisir comme une construction, un paysage qu'on traverse a deux, au lieu d'une seringue plantee dans la peau.
L'écho des villages
En Afrique, j'ai compris une chose que je n'avais jamais saisie en Europe : les villages ne meurent jamais.
Même quand on part, même quand on croit s'arracher, le village reste. Il te suit comme une cicatrice invisible.
A Abidjan, a Paris, a New York, je croisais des regards qui portaient encore l'echo de leurs villages. Une fierté muette, une nostalgie, une douleur parfois.
Le village, ce n'est pas seulement un lieu, c'est une mémoire collective. On en hérite même si on n'y a jamais vraiment vécu.
Moi, j'ai toujours eu un pied dedans et un pied dehors. Suffisamment de racines pour me sentir lie, suffisamment de voyages pour me sentir étranger.
Et c'est peut-être ça, ma vérité : je suis un passeur. Entre les mondes, entre les langues, entre les mémoires.
Les villages me rappellent que la modernite ne tue pas la mémoire. Elle la transforme, elle la caché sous les néons. Mais le soir, quand tout s'éteint, on entend encore battre le tambour.
Le livre qu'on écrit sans le savoir
J'ai commence à écrire sans m'en rendre compte.
Chaque note sur mon telephone, chaque message envoye a moi-même, chaque pensée griffonnee entre deux rendez-vous : c'était déjà un livre.
On croit qu'un livre nait d'un projet. La vérité, c'est qu'il nait d'une accumulation de fragments. Un puzzle qu'on ne sait pas qu'on assemble.
La vie est un jeu truqué a commence comme ça : une serie de cris etouffes, d'idées jetees, de théories sur la famille, le sexe, le travail.
Écrire, ce n'était pas une vocation. C'était une nécessité.
C'était me donner le droit de ne pas oublier.
Parce que l'oubli, c'est la vraie mort.
Et je crois que chaque être qui a souffert sent ce besoin : transformer la douleur en mémoire.
Alors oui, ce livre est un témoignage, mais pas seulement le mien. C'est le livre de tous ceux qui se parlent a voix basse le soir, et qui n'osent pas encore écrire.
L'eau et la pensée
J'ai développé une théorie étrange, nee sous le soleil africain : l'eau est le carburant de la pensée.
Sous la chaleur, quand le corps se déshydrate, l'esprit se brouille. Les idées s'éteignent comme des ampoules mal alimentees.
C'est peut-être pour ça que certaines cultures ont bati des rituels autour de l'eau : ablutions, sources sacrees, rivières initiatiques. L'eau, c'est la mémoire et la clarté.
Quand je bois, je pense mieux. Quand je néglige mon corps, mes pensees deviennent confuses, sombres.
Alors je me demande : combien de guerres, de colères, d'injustices viennent d'hommes assoiffes, litteralement ?
La pensée est une fleur fragile. Sans eau, elle se fane.
Le travail et le piège occidental
Au Maroc, un vieil homme m'a dit un jour :
« Chez vous, les Europeens, le travail est la vie. Chez nous, la vie est le travail. »
Cette phrase ne m'a jamais quitte.
Elle resume le piège occidental : on finit par croire que notre valeur est dans notre productivité. Que si l'on s'arrete, on meurt socialement.
Mais a force de courir, on oublié le pourquoi.
Pourquoi je travaille ? Pour qui ? Pour quoi remplir des comptes bancaires si je suis vide moi-même ?
En Afrique de l'Ouest, j'ai vu des gens vivre avec peu, mais habiter chaque instant avec intensite. Leurs rires duraient plus longtemps que nos carrières.
Alors, quelle vie est la plus riche ? Celle qu'on consomme ou celle qu'on vit ?
Les intouchables du jeu
Julien avait toujours ce privilege invisible qui flotte autour de certains hommes.
Un mélange de réseaux, de familiarite et de tele. La television lui avait offert des contacts, des amities d'apparat, des relations qu'il brandissait comme des trophees. Dans un pays où l'image compte plus que la vérité, être passe a l'ecran donnait un echo démesuré, presque une immunité. Ces hommes-la deviennent des forteresses sociales : on ne les attaque pas seul, il faut être une armee.
Et Julien le savait. C'est pourquoi il traitait la vie comme un jeu de contournement.
Dans le divorce avec ma mère, il beneficiait de ces réseaux silencieux, de ces coups de fil nocturnes, de ces regards complices dans les couloirs du tribunal. Son jeu, c'était de toujours trouver la faille : un ami a la TGASI, une connaissance au Red, un ancien camarade d'antenne. Des cartes joker qu'il abattait sans vergogne, comme on glisse un as sous la manche.
Ce gout du contournement dépassait la sphere judiciaire. Il aimait se vanter d'astuces mesquines, presque pueriles, mais révélatrices : laisser un enfant sur sa fiche d'imposition pour grappiller quelques euros, négocier un retard de paiement comme on négocie une faveur. Toujours cette même fierté d'avoir trompe la règle. Un joueur invetere, mais surtout un joueur protégé. Car quand on a les bons contacts, on ne se brule pas en jouant avec le feu.
Son arrogance allait plus loin : il se plaisait a raconter son voyage en Afrique, où il avait traverse des pays pour abattre des animaux sans defense. Son récit n'était pas celui d'un aventurier, mais d'un predateur qui se rassasié de cibles faciles. Et moi, comme une ironie du destin, je me suis retrouve plus tard dans des sanctuaires d'animaux, a panser les blessures, a reparer ce que d'autres comme lui détruisaient pour le plaisir.
Julien illustrait a merveille le paradoxe des intouchables : protégés par la visibilite, gonflés par l'echo de la tele, armes de réseaux comme d'un bouclier. Intouchables, jusqu'au jour où la masse des voix se leve, et où l'echo devient vacarme. Alors, même les plus hautes tours tombent.
Épilogue, Défaire et refaire le jeu
Le jeu restera truqué tant que je jouerai avec les règles des autres. Reprendre la main, ce n'est pas tricher ; c'est réécrire. La justice intérieure est un logiciel : on met à jour, on teste, on corrige. Version suivante demain.
Tricher, ce n'est pas trahir, c'est survivre a des règles injustes.
L'objectif n'est pas la victoire, mais la lucidité.
Si le jeu est truqué, autant inventer ses propres règles.
Remerciements
A celles et ceux qui ont tenu la lampe quand la mémoire eteignait la pièce.
Annexes
A. Théories personnelles
- Rôles familiaux : le benjamin avance avec foi ; le milieu observe ; l'aîné protégé/domine.
- Introversion : puissance latente, attention a la rumination.
- Travail : séparer coeur, impact, cash-flow.
- Écriture : acte pour soi (reparer), pour les autres (transmettre), et pour « déchirer » (brûler les vieilles versions).
- Personnalites silencieuses : l'introverti peut être plus dangereux, non par violence, mais par densité.
- Benkai (benjamin) : hérite de chemins ouverts, agit avec foi mais peu de certitude ; doit apprendre la patience méthodique.
- Le voyage comme fuite : changer de décor ne change pas la scène intérieure ; il faut réécrire le script.
- Hydratation-pensée : en chaleur, le cerveau réclame le corps (boire, s'étirer, dormir), la pensée est somatique.
- Famille = theatre de rôles imposes.
- Sexualite post-trauma : camouflage, pouvoir, exorcisme.
- Addictions comme réponse a une absence.
B. Fragments a intégrer (transcriptions, messages)
WhatsApp, 14 août 2025 (messages transferes de ma mère)
Il était fou il a voulu imposer sa société de sécurité et j'ai dit très calmement devant le préfet, il est hors de question que je travaille avec une société qui met son nom sur une entreprise qui ne lui appartient pas, c'est pour ça que j'ai demande a la société proprietaire des étiquettes de se présenter, ils sont la a votre disposition pour attester du fait que le contrôle sécurité n'a pas ete fait par eux, ce qui signifie que la facture qui m'a ete adressee correspond a des controles
(Insertion verbatim, mention d'origine : « ça c'est les messages transferes de ma mère »)
WhatsApp, Demandes explicites de chapitres (14 août 2025)
« fais donc ça : "Les racines de mes addictions" »
« et ça : "Pourquoi j'ai besoin d'attention" »
« fais : "La mémoire floue : quand le passe est trop lourd" »
« et ça : "La peur de rater, la peur d'être laissé" »
(Ces titres ont ete intégrés et developpes en Parties IV a VII du manuscrit.)
WhatsApp, Journal brut (selection utile)
- « préparer une réponse » (contexte administratif autour du préfet / société de sécurité).
- « ça c'est les messages transferes de ma mère » (trace d'authenticite de la source).
Notes brutes, Voyager comme fuite (30 juillet 2025)
La quete de nouveaute et le manque d'attaches durables (Londres, États-Unis, Namibie, Afrique du Sud).
Dynamique de contrôle et de survie face à des personnalites percues comme manipulatrices.
Effet du Covid : remise en question des valeurs et de l'environnement de vie.
Depart de Paris, Bordeaux, Cote d'Ivoire (TGV Max, pays francophone).
Enjeux politiques en Afrique de l'Ouest (elections Senegal / Cote d'Ivoire).
Théorie hydratation liee a l'activite mentale et la chaleur.
Sens du travail : opposition de visions (phrase marocaine).
C. Ritualisation (outils)
- Routine sobriété : respiration 4-7-8 (3 cycles), 20 pages, eau + sel, marche 12 min au soleil.
- Sabbath digital : 24h sans réseau par semaine.
- Revision trimestrielle : 3 objectifs, 3 renoncements, 3 gratitudes.
D. Objets symboliques
- Casque de musique : refuge et frontiere.
- Tapis de yoga : espace de réconciliation avec soi.
- La table, la montre, la chaise du salon.
E. Intentions stylistiques
- Hybride : manifeste engagé + autofiction surrealiste + narration en niveaux (« jeu truqué »).
- Structure en niveaux : chaque chapitre = un niveau avec objectif, obstacles, bonus, boss final.
- Voix : dense, directe, transparente ; images breves, sans fioritures.
- Interludes : philosophiques (Machiavel & co.), exercices d'honnetete, micro-chroniques.
F. Feuille de route éditoriale
- V2 : insertion des messages bruts (WhatsApp, journaux) + scènes dialoguees.
- V3 : travail de style (rythme, images, coherence), coupes.
- V4 : relecture sensible / juridique ; preface.
Glitchs libres (a completer)
- Rêves recurrents et confusions entre rêve et réalité
- Le cauchemar de la maison de Joinville en flammes, source du feu : la chambre du beau-père
- Chambre de la mère : pièce la plus déchirante a voir brûler
- Reveil brutal, tristesse viscerale, sensation de perte irreversible
- Lien entre fascination pour le feu et désir inconscient d'effacement de Julien
- Le regard derange d'adultes face à mes récits oniriques, comme si mes rêves parlaient trop fort
- La restauration comme theatre de survie : chaque client était une scène, chaque addition une distraction, chaque sourire un camouflage
- Apprendre a compter a la caisse : là où les chiffres m'ont sauvé, ou j'ai aimé les maths parce que 1 + 1 faisait toujours 2
- La théorie et l'abstrait comme abris : quand les émotions sont bafouees ou trop dangereuses, le rationnel devient un refuge
- Quand 1 + 1 = 2, on est rassuré. Quand on pleure et qu'on prend 2 claques, on préfère arrêter de ressentir. On devient tout de suite plus pragmatique.
- Objets charges (la table, la montre, la chaise du salon)
- Phrases entendues 1000 fois, jamais digérées
Styles d'écriture (extraits types)
1. Littéraire engagé / manifeste
« On ne parle pas des enfants battus parce qu'ils ne savent pas parler. Et quand ils apprennent enfin a le faire, on leur dit que c'était il y a longtemps. Moi je n'ai pas oublié. Il y a prescription juridique, mais pas émotionnelle. Ce livre est une preuve, pas une plainte. Une declaration de guerre a ceux qui veulent faire taire ceux qu'ils ont déjà brisés. »
2. Cameleon mental / surrealisme intérieur
« Le Cameleon vit en moi depuis toujours. Il change de peau, de voix, de regard, selon l'heure, selon qui entre dans la pièce. Il n'est pas fou. Il est le dernier rempart. Il me disait : Devient ce qu'il attend de toi, où il frappera plus fort. Alors j'obéissais. Et je disparaissais dans ses couleurs. »
3. Niveau / jeu truqué (narratif hybride)
Niveau 2 : La Maison aux Horloges
Objectif : Survivre 1 week-end sans déclencher la colère du Maitre.
Ennemis : Miroirs, portes qui grincent, cris retenus.
Équipement : Oreilles bouchees, yeux baisses.
Issue : Echec partiel, impact critique sur la poitrine gauche.
Glitch mémoire : entre 18h et 21h, souvenirs flous, probablement volontairement effaces.
Sources brutes (WhatsApp ChatGPT)
Fragments issus d'une conversation WhatsApp entre Aaron et ChatGPT. Notes complementaires, reflexions brutes, chapitre mère/divorce, dejeuner fratrie.
Chapitre : Ma mère, sa rupture
Ma mère, sa rupture, et la fragilité d'un monde en reconstruction
Ma mère traverse actuellement l'une des périodes les plus difficiles de sa vie : un divorce après 27 ans de mariage avec un homme manipulateur, instable et potentiellement pervers narcissique, qui a exerce une forme de violence sur nous tous, psychologique a minima. Elle a initie une thérapie familiale pour traverser cette épreuve, espérant y trouver un soutien. Pourtant, cette démarche, censée l'aider, a recemment provoqué une crise violente et douloureuse, en reaction a des remarques de mon frère, mal interprétées par elle. Elle est sortie de la seance en larmes, paranoïaque, presque en crise d'hystérie.
Ma mère est dans un état de grande fragilité. Sous traitement médicamenteux, elle a déjà connu une hospitalisation, et son équilibre reste précaire. Son passe, bien que baigne d'art, d'émotions et de personnalites lumineuses, est aussi marqué par des blessures non résolues, des dynamiques familiales complexes, et un terrain psychologique délicat.
Ce chapitre, c'est aussi une tentative de comprehension : celle d'une femme a la fois forte et brisée, brillante et vulnérable, qui a porte sa famille tout en s'oubliant elle-même. C'est peut-être le moment de parler de transmission, de reparation, et du difficile chemin de ceux qui veulent sortir des schémas, sans savoir toujours comment.
Dejeuner fratrie
Un dejeuner marquant avec les frères et soeurs dans un restaurant asiatique, lieu simple mais symbolique. Ce moment a été l'occasion d'une grande liberté de parole, notamment grace au frère, qui a permis a chacun de partager ce qu'il avait vécu. On lui a rappele qu'il était un enfant très joyeux, mais cette image l'a blessé car il sentait que cette joie attendue de lui l'empechait d'exprimer des souffrances profondes.
Une peur très forte : celle de devenir comme ceux qu'on a voulu fuir. Comparaison des figures de la mère (studieuse) et du père (trompe dans les affaires), qui ont marqué et influence de façons differentes, en creant des peurs, des tensions, mais aussi une forme d'agilite émotionnelle.
En grandissant, apprendre à différencier ce qu'on construit pour avancer, de ce qu'on fait pour fuir, et trouver beaucoup de vertus dans la simplicité.
Regarde au meilleur endroit
On dit souvent qu'il faut regarder au bon endroit pour comprendre quelque chose. Mais personne ne dit qu'il faut aussi regarder au meilleur endroit pour comprendre quelqu'un. Et le meilleur endroit, parfois, c'est la blessure qu'on ne voit pas.
Ce chapitre rassemble des fils qui se sont noués dans ma tête ces derniers temps. Des corrélations que je n'arrête pas de faire, entre ce que j'ai vécu et ce que je suis devenu. Pas pour accuser, pas pour me plaindre. Pour comprendre.
Nina, les mots abîmés
Ma petite soeur Nina a grandi avec une dysorthographie, une dyslexie et une dyscalculie. Trois mots cliniques pour dire une seule chose : les mots, les chiffres, le langage entier lui résistaient. Pendant des années, elle a porté ça comme un poids invisible, un handicap que personne autour d'elle ne savait vraiment nommer.
On a longtemps cru que c'était neurologique, congénital, une malchance génétique. Mais je n'y crois plus entièrement.
Quand un enfant grandit dans un environnement où les mots sont des armes, où les phrases claquent comme des gifles, où la parole d'un adulte sert à humilier plutôt qu'à construire, comment voulez-vous que cet enfant fasse confiance aux mots ? La dysorthographie de Nina, je la lis aujourd'hui comme un symptôme. Pas seulement un trouble d'apprentissage, mais un refus inconscient d'un langage qui n'a jamais été un espace de sécurité.
Les violences psychologiques de Julien ne laissaient pas de bleus. Elles laissaient des lettres inversées, des chiffres qui se mélangent, une confiance dans la parole qui se fissure avant même d'avoir pu se construire.
Nina est forte. Elle a traversé tout ça. Mais je veux écrire ici ce que personne n'a osé formuler : la violence détruit aussi la capacité à apprendre. Elle s'infiltre dans les synapses, elle brouille les circuits. On parle toujours des os brisés, jamais des lettres qui se perdent.
Recherches en neurosciences : le stress chronique chez l'enfant altère le développement des zones cérébrales liées au langage (aire de Broca, aire de Wernicke) et au calcul (cortex pariétal). La dysorthographie et la dyslexie ne sont pas toujours "innées". Elles peuvent être des réponses adaptatives à un environnement toxique.
Le P et le B
Moi aussi, j'ai eu ma part.
Très tôt, je confondais le P et le B. Deux lettres qui se ressemblent, symétriques, comme un miroir. L'une tourne à droite, l'autre à gauche. Pour la plupart des enfants, c'est un passage, une étape qu'on traverse en quelques mois. Pour moi, ça a duré.
On m'a envoyé chez l'orthophoniste. Je me souviens de la salle d'attente, des exercices sur des fiches plastifiées, des sons qu'on me demandait de répéter. Pa, ba, pa, ba. Je m'appliquais. Mais quelque chose ne passait pas.
Aujourd'hui, je fais le lien. Quand ton cerveau d'enfant est en mode survie, quand une partie de ton énergie mentale est mobilisée en permanence pour anticiper le danger, lire les humeurs d'un adulte imprévisible, deviner si la porte va claquer ou pas, il reste moins de place pour distinguer un P d'un B. Moins de place pour l'apprentissage tranquille, celui qui a besoin de calme et de sécurité pour se déployer.
L'orthophoniste traitait un symptôme. Personne n'a cherché la cause.
Je ne dis pas que toutes les confusions de lettres viennent de la maltraitance. Je dis que dans mon cas, la corrélation est trop forte pour être ignorée. Un enfant qui subit des violences et qui inverse ses lettres, ce n'est pas un hasard. C'est un signal.
Le P et le B sont des lettres miroir. Comme deux versions d'une même réalité. L'une dit papa, l'autre dit beau-père. Je confondais peut-être les lettres parce que je confondais les figures.
Le mal du voyage
J'ai toujours eu le mal du voyage. En voiture, le moindre trajet pouvait devenir une épreuve. Nausées, sueurs, cette sensation de perdre pied alors qu'on est assis.
On m'a dit que c'était l'oreille interne, un déséquilibre vestibulaire, rien de grave. Mais je repense à cette scène dans la voiture avec Julien. Le Range Rover lancé sur un chemin de campagne, le pied au plancher, les enfants qui hurlent à l'arrière. La peur pure, celle qui noue l'estomac et déconnecte le cerveau du corps.
Et si mon "mal du voyage" n'était pas un problème d'oreille interne ? Et si c'était une mémoire corporelle ? Le corps qui se souvient d'un trajet en voiture où la mort semblait possible, où un homme adulte utilisait la vitesse comme une démonstration de pouvoir. Le corps qui, depuis, associe véhicule en mouvement à danger.
Le trauma ne vit pas seulement dans la tête. Il s'installe dans les viscères, dans l'estomac, dans les muscles qui se crispent à chaque virage. Mon mal du voyage, c'est peut-être mon corps qui n'a jamais oublié cette route de campagne.
Le corps garde la trace de ce que l'esprit refuse de traiter. Le mal des transports peut être une réponse somatique à un traumatisme lié au mouvement. Bessel van der Kolk, dans The Body Keeps the Score, décrit exactement ce mécanisme : le trauma s'inscrit dans le système nerveux autonome et se réactive dans des contextes sensoriels similaires.
Le besoin de reconnaissance
Le besoin de reconnaissance, j'en ai déjà parlé dans ce livre. Mais il y a une couche que je n'avais pas encore touchée.
Quand tu es un enfant battu et que personne ne reconnaît ce que tu subis, tu développes un trou béant. Pas un manque d'amour, un manque de validation. Tu cherches désespérément quelqu'un qui dise : "je vois ce qui t'arrive, ce n'est pas normal, ce n'est pas de ta faute."
Personne ne l'a dit.
Les adultes autour savaient, ou devinaient, ou choisissaient de ne pas voir. La loi du salon, la version officielle, la paix familiale au prix du silence de l'enfant.
Alors tu grandis avec ce vide. Et tu le remplis comme tu peux : par la performance, par le charme, par les projets, par l'hyperactivité. Chaque succès est une tentative de dire : "Regardez-moi. Voyez que j'existe. Que ce que je vis est réel."
Mon besoin d'attention, que j'ai longtemps pris pour de la vanité ou de l'insécurité, c'est en réalité un cri d'enfant qui n'a jamais été entendu. Et tant que cette reconnaissance n'est pas donnée, rétroactivement, par la parole, par l'écriture, par la justice, le trou reste ouvert.
Ce livre est une forme de reconnaissance. Pas celle que j'attends des autres, celle que je me donne à moi-même.
Le corps et la tendresse
Il y a quelque chose que je n'ai encore dit à personne avec cette clarté.
J'ai du mal à câliner ma fiancée.
Pas parce que je ne l'aime pas. Je l'aime profondément. Mais quelque chose se bloque dans mon corps quand il s'agit de tendresse physique spontanée. Prendre dans les bras, caresser, se coller, ces gestes qui devraient être naturels me demandent un effort conscient.
Et j'ai compris pourquoi.
Quand tu grandis en voyant un homme traiter ta mère avec mépris, avec froideur, avec violence, tu intériorises un modèle. Pas un modèle que tu choisis, un modèle qui s'imprime. Le contact physique dans ma maison d'enfance n'était pas synonyme de douceur. Il était synonyme de danger. Les mains servaient à frapper, pas à caresser. Les bras serraient trop fort ou pas du tout.
Alors le corps apprend à se méfier de la proximité. Même quand la personne en face est la plus douce du monde, même quand il n'y a aucun danger, le réflexe est là : garder une distance. Parce que la dernière fois qu'un homme était proche d'une femme dans ta maison, ça ne finissait pas bien.
Gaëlle mérite un homme qui la prend dans ses bras sans réfléchir. Et je travaille chaque jour pour devenir cet homme. Pas en forçant, mais en défaisant les câblages anciens. En remplaçant la mémoire de la violence par de nouveaux souvenirs, doux, sûrs, choisis.
C'est lent. Mais c'est le travail le plus important que je fais.
Explorer aussi : le rapport aux hommes (amitié masculine, poignées de main, accolades), le rapport à l'espace personnel (besoin de contrôler la distance), et comment le sport (la danse, le yoga) a été un chemin de reconnexion au corps.
Le fil rouge : tout est lié
Ce chapitre est né d'une prise de conscience simple mais vertigineuse : tout est lié.
- La dysorthographie de Nina et ma confusion P/B ne sont pas des accidents génétiques isolés. Ce sont les cicatrices cognitives d'un environnement violent.
- Le mal du voyage n'est pas un problème d'oreille interne. C'est le souvenir d'un Range Rover conduit par un homme qui utilisait la vitesse pour terrifier des enfants.
- Le besoin de reconnaissance n'est pas de la vanité. C'est le cri d'un enfant dont les souffrances n'ont jamais été validées.
- La difficulté à câliner n'est pas un manque d'amour. C'est un corps qui a appris que la proximité physique pouvait être dangereuse.
Le jeu était truqué, mais il n'était pas que truqué dans les grandes lignes. Il était truqué dans les détails, dans les lettres qui s'inversent, dans l'estomac qui se noue, dans les bras qui hésitent. La violence ne détruit pas seulement les moments où elle frappe. Elle contamine tout le reste.
Regarde au meilleur endroit. Pas là où ça fait mal le plus fort, mais là où les conséquences sont les plus silencieuses. C'est là que le vrai travail commence.
Audition, Procès-verbal (12 février 2026)
Extraits du procès-verbal d'audition, Brigade de Recherches d'Avallon, Gendarmerie Nationale. Aaron entendu en qualité de victime. Ce témoignage officiel constitue un document fondateur pour le livre.
Contexte
Le 12 février 2026, Aaron se présente à la gendarmerie pour témoigner des violences subies pendant l'enfance de la part de M. Julien Cohen, compagnon de sa mère. C'est la première fois que ces faits sont formellement consignés par une autorité.
Les premières violences
Les souvenirs remontent à l'âge de 3-4 ans. La maison de campagne à Crevant, dans l'Indre, est le théâtre principal. Une propriété où Julien stockait des armes de chasse, des fusils qu'un enfant n'aurait jamais dû voir. L'atmosphère y était celle d'un territoire contrôlé, où la peur régnait en maître.
La violence était physique : coups, tête plaquée dans l'assiette pendant les repas, gifles sans raison apparente. Mais aussi psychologique : humiliation constante, dénigrement, un regard qui terrorise sans toucher.
L'incident du Range Rover
Un souvenir particulièrement marquant : Julien au volant, pied au plancher sur un chemin de campagne, les enfants à l'arrière, hurlant de peur. Ce n'était pas de la conduite sportive, c'était un rappel de pouvoir. L'adrénaline comme outil de domination.
Le crâne rasé
Après sa bar-mitzvah, Aaron a eu la tête rasée de force. Un acte symbolique d'humiliation à un moment censé être initiatique. Le rite de passage détourné en rite de soumission.
La lame et le gouffre
Le témoignage évoque des pensées suicidaires pendant l'adolescence. Un couteau tenu contre soi, non pas pour mourir, mais pour sentir que la douleur intérieure pouvait prendre une forme extérieure. C'est le cri silencieux d'un enfant qui n'a pas les mots.
Les témoins
L'audition mentionne des attestations de proches : Arthur Royer, Martin Iscovici, Sarah Sitbon. Des personnes qui ont vu, qui savaient, et qui témoignent aujourd'hui.
Le tatouage WAIT
Le procès-verbal note le tatouage "WAIT" sur le corps d'Aaron, décrit comme un symbole d'espoir préexistant. Wait, attendre, mais pas passivement. Attendre le bon moment pour parler, pour écrire, pour déposer plainte. Ce tatouage est devenu le titre du livre.
La plainte est déposée à la fin de l'audition. Ce qui a été tu pendant 25 ans entre enfin dans un dossier officiel. L'écriture et la justice marchent désormais ensemble.